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samedi, 10 février 2007

Au commencement était...(6)

La joie des lumières et des éclairs apportait une chose inconnue jusqu’alors. Et il en est là comme de la lecture : une fois qu’on l’a acquise, c’est pour la vie.

Dans ces retours sur soi de sa masse impalpable, la respiration a éprouvé comme une lassitude, un halètement : ces lumières semblaient ne pas être sans conséquences. Le fait de rebrousser le soi sur le soi, de le brasser comme une pâte à gâteau, faisait ressentir comme un léger souffle, suivit bientôt par un regain qui en demande encore.

Ainsi est née la pulsation : émanescence du revirement sur soi de la respiration et point original de toute chose matérielle.

Ainsi naquit ce sur quoi le monde se batit.

vendredi, 09 février 2007

Au commencement...(5)

Au commencement n’était que la respiration. Elle ne savait rien d’elle et pourtant elle était tout, partout : il n’y avait qu’elle.

Sans qu’elle s’en rendît vraiment compte, elle opéra de temps à autre, des revirements sur soi-même. Bien sûr, moi qui vous parle, je ne vous parle qu’avec des mots d’humain et d’une humanité arrivée à un certain stade de son humanité (si j’employais ce qu’on appelle du petit-nègre il me serait encore plus difficile de capter et de capturer votre attention sur l’origine du monde, la respiration). Au cours de ces revirements aparurent des lumières bleuâtres et douces, parfois des éclairs, parfois comme des masses colorées de gris-bleu qui se mouvaient dans son être.

Mais elle ne s’en aperçoit point encore, ni du physique ni du psychique : la chose est là, elle est là.

jeudi, 08 février 2007

Au commencement était... (4)

Vint le moment où, de se brasser, de brasser son incorporel, ce qui fait qu’elle est sans être — ho ! ne me demandez pas ce moment où ! qui fut le commencement et l’achèvement à la fois de ce qui fut et de ce qui est alors que ce qui fut est ce qui est sans n’être plus encore ! Je ne saurais vous répondre — vint le temps où la respiration vint à s’amuser d’elle-même.

Et elle trouva attractif de respirer par bouffées tourbillonnantes pour se distraire ici et là, pour se tordre dans son ordre de respiration ; à respirer par poufée qui font le sens courbe et volumétrique, qui donne au souffle la variance du tourbillon.

Et dans ce frottement, ce retournement sur soi, elle découvrit des lumières, des éclairs, des masses lumineuses qui la suivaient, l’enrobaient, la circonvalationnaient, la traversaient, l’enchantaient.

La respiration respire et tout ce qui provient d’elle, ce qui en est l’émanation ne l’étonne pas : c’est, c’est bon d’être et c’est bien d’être.

mercredi, 07 février 2007

Au commencement était... (3)

Ho ! ce temps n’est pas d’hier, ou même d’avant-hier ! Il est lointain ce temps, il est plus lointain encore que le moment où il a commencé. L’incommensable de ce lointain est aussi importante que l’est le lointain du commencement : nul ne peut lui donner de mesure qui ait caractère humain.

Le commencement, le début n’ont jamais eu lieu car ils étaient avant d’avoir existé et s’ils furent un jour, un moment, c’est pour ne plus être ensuite.

Aussi, le commencement n’est pas pour la respiration : la respiration est et tandis qu’elle est dans la masse de l’implapable d’elle-même, rien ne peut être avant, pendant ou après elle. L’incommensurable est sa dimension, l’intemporelle son être sans devenir, et son être son devenir sans futur : tout est présent, passé et futur à la fois.

On ne peut saisir la respiration dans son universalité que dans son universalité. Aussi il faut imaginer sa grandeur et sa ténuité, son immission dans son propre univers et l’étendu qui est lui inconnu, la reconnaissance sans la connaissance, ce qui la compose et ce qui est son identité simultanément.

mardi, 06 février 2007

Au commencement était... (2)

La respiration a respiré longtemps, longtemps, longtemps.

On ne peut dire depuis combien de temps elle respire puisqu’elle est le début et la source de tout et que depuis elle, il n’y a toujours eu qu’elle, sans que soit un endroit où elle ne cessât un jour de respirer ; puisqu’elle respire encore aujourd’hui, au moment où je vous parle, et qu’elle respirera encore longtemps, longtemps, longtemps sans qu’on puisse dire pendant combien de temps encore durera le temps complet de sa respiration.

La complétude de la respiration n’a pas de fin : c’est dire qu’il n’est pas imaginable de lui entrevoir une fin, c’est dire que le temps de sa complétude qui s’effectue dans l’écoulement du temps qui passe ne pourra s’accomplir que dans l’arrêt du temps… et concevrait-on la fin du temps que l’on n’aurait pas atteint la fin de la respiration !

Et pourtant elle s’effectue à chaque instant, remplie son devoir à toute heure, dégage l’énergie nécessaire à son accomplissement à tout instant qui passe, en manifeste l’alternatif mouvement à tout moment, rejoint la forme de l’intérieur à celle de l’extérieur et vice versa, les mélange et les dissocie pour leur redonner leur originale forme exempte de l’altération qui les lasserait de se mélanger encore… alors qu’elles n’ont jamais existées que par elle.

Depuis très longtemps déjà la respiration respire et longtemps elle respirera encore.

lundi, 05 février 2007

Au commencement était...

Au commencement était la respiration.

Le massage de l’impalpable était le monde, et ce monde allait dans un vaste mouvement de va-et-vient. La respiration était partout sans être précisément, car le monde n’avait pas de limite et la respiration n’avait de cesse d’exister, de passer, d’être là : elle était partout, il n’y avait qu’elle et personne n’était là pour la voir, car elle était unique ; il n’y avait qu’elle seule et elle ne pouvant se constater elle-même, elle n’existait pas tout en étant l’existence.

Au tout commencement était la respiration. Elle ne brassait pas « rien », elle se brassait elle-même : elle respirait. La respiration respirait parfois en mouvements amples et puissants passant comme un vent chaud et tenace ; parfois elle haletait en toutes petites goulées, comme pour voir si on est bien encore là pour la ressentir.

La respiration respirait comme une respiration et rien ne l’arrêtait : elle courrait son cours dans sa plénitude et son mouvement changeant et nul n’était là pour le constater, l’arrêter, le diminuer ou l’augmenter : la respiration était le monde, son volume et sa matière, son alternance et son unité, ce qui était et ce qui n’était pas à la fois, car même ce qui n’était pas respirait, s’enflait et se dégonflait, s’amplifiait et se vidait, se gonflait et se ridait.

La respiration était la limite entre le gonflé et de détendu tout en étant l’ensemble de ces trois éléments, comme indissociables : la limite et les deux bords sans qu’aucun de ces trois éléments ne put un jour, une fois, même à un moment précis, recevoir de détermination. La respiration était le commencement, l’intérieur et l’extérieur, l’esprit et la matière du monde, le nom du monde et sa substance.