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mardi, 01 avril 2008

Au près de l'Histoire

Restreindre la notion d’« Historique », d’Histoire, à la seule existence de l’écriture est réducteur car l’écriture étant apparue avec l’organisation sociale assise sur le patriarcat, c’est se dispenser d’en remonter plus haut. Tout comme l’organisation patriarcale de la société, l’écriture est fille de l’agriculture. Et comme il y a eu un temps avant l’agriculture, il y a un temps autrement historique, autrement humain. Seule une civilisation agricole et patriarcale peut inventer, par exemple, la naissance du monde à partir d’un dieu, mâle ou supposément asexué, et cette description se retrouve chez les Mésopotamiens, les Égyptiens, les Grecs et les Hébreux. Ces civilisations étaient donc des civilisations patriarcales.

Il semblerait évident que, par manque d'écriture, on ne puisse pas connaître la teneur de la civilisation qui précéda l’agricole. Ce n’est pas juste. Il est possible de reconnaître les temps précédant l’agricole, avec un petit peu d’entraînement. Il s’agit seulement de se dispenser de penser selon le mode agricole et surtout patriarcal ; c’est-à-dire de bien comprendre ce qu’est le monde agricole-patriarcal.

La critique du monde patriarcal existe dès la naissance de ce dernier. Les femmes et les enfants, les soi-disant faibles d’esprit subissant cette pensée n’ont pas immédiatement (sinon jamais puisque cette critique se formule encore de la même façon !) approuvé ce mode d’organisation de la société. On va trouver donc, dans le lointain, ces formulations cachées par le patriarcat (tout comme il cache l’existence du monde ayant eu vie avant son avenue), c’est-à-dire selon des formulations patriarcales.

(((Un chemin plus rapide nous mènera au mode de penser d’aujourd’hui avec plus d’acuité. La psychanalyse a découvert, pour s’y être confronté dans sa démarche thérapeutique, très tôt dans sa carrière la « cuirasse caractérielle » : une structure vago-végétative irrépringible dans sa manifestation musculaire agissant au cours d’émotions insupportables pour l’organisme en question ; un système protecteur d’un pire perçu dans le plaisir. C’est ce que je nomme un « état d’esprit » : impossible de penser ou d’agir autrement que selon le mode de vie, son interprétation et ses désirs que votre propre système neurovégétatif vous permet.)))

Le propre de l’humain est la capacité à raconter l’histoire. Se souvenir d’une technique est commun à tous les mammifères. Ce qui nous distingue est cette capacité à raconter ces techniques, non pas à montrer ces techniques, mais à les raconter ; c’est-à-dire à en différer l’application soit dans le futur soit dans le passé. Ainsi, l’Histoire ne commence pas avec l’écriture, n’en déplaise à plusieurs, mais bien dès l’humanité.

Cette marque de l’humanité fonctionne dès la naissance de l’humanité : la capacité à raconter une histoire : l’Histoire débute là où on raconte. Elle n’est pas dans les os, les formes d’un crâne ou d’un bassin ou une démarche : elle se situe là et quand on commence à raconter… une histoire.

Dans ce sens, l’humanité qui se raconte le bonheur n’est pas quelque chose exempte de malheur provoqué.

Mais approfondissons cet aspect des choses : raconter une histoire c’est avoir recours à un intermédiaire entre ce qui est arrivé (que ce soit à soi ou à un autre) et une autre personne : on s'adresse à quelqu'un capable de reproduire l'histoire. Donc, corrélativement, l’histoire commence à la naissance de l’intermédiaire, de la personne tierce et cette tierce personne n’existe pas ailleurs dans le monde animal que chez nous, les êtres humains.

Et toutes les considérations qui tournent autour de notre définition ne tiennent qu’à ces deux-là, dont l’une découle de l’autre : raconter une histoire à quelqu’un. Quelle étrange qualité la nature ne nous a-t-elle pas donné là ! Et quelles conséquences ! La misère pour plus de la moitié d’entre-elle à qui on dispute l’existence même, par exemple : il suffit pour cela de lui raconter des bobards dès sa naissance sur la réalité de sa réalité.