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mercredi, 29 novembre 2006

Fatalité volontaire

Il y a des gens qui sont toujours prêts à torcher le cul du malheur et à le faire chier un maximum pour cela : ils le cajolent, le nourrissent, le réconfortent, le bercent, l'affectionnent, l'abreuvent, lui écrivent des chansons, l'alimentent de leurs lamentations, de leurs meurtrissures, de leurs mensonges, de leur vilénie, et que ne sais-je encore.

C'est sûr que s'ils s'occupaient du bonheur de cette manière, ils l'emmerderaient moins ! et encore : sans doute qu'ils s'ennuiraient trop et qu'ils se mettraient à le faire chier lui aussi et finiraient par en faire un autre malheur !!! Quelle tristesse, tudieu !

mardi, 14 novembre 2006

Le problème de l’amour sans l’obsession du problème

Une jeune-femme grandit, rencontre un ou deux garçons, a avec l’un ou l’autre un passage de vie sensuel. Elle se marie. L’expérience érotique s’intensifie un moment, sans doute, et elle décide de devenir enceinte.

En cette occasion, cette sensualité est notablement amoindrie, sans qu’on sache réellement pourquoi, enfin... on ne veut pas vraiment le dire, ou se l’avouer... se laissant dépassée par les petits soucis, les accommodements, les arrangements et les mises en conditions, surtout dans les 2-3 derniers mois de cette grossesse.

Elle accouche d’un beau bébé, sans doute sous péridurale (en oubliant que la drogue dont elle bénéficie des effets passe aussi dans le cordon ombilical et va donc droguer son rejeton) : ce qui montre sa peur de cet événement véritablement sexuel. C’est que, pas d'pot, l’entourage dans lequel elle se trouve à ce moment là n’a absolument rien à foutre de la sexualité humaine (ou même strictement animale) et donc, est absolument incapable de procéder sans être de pures mécaniques... sans sexe !

Le reniement de la sexualité est tel qu’un accouchement n’a plus rien de sexuel, et encore moins de sexué, alors qu’il s’agit précisément d’un événement sexuel, se passant sexuellement devant vos yeux !

L’allaitement, ou le biberon (de moins en moins fréquent, heureusement !) lui ôte encore l’envie du rapprochement amoureux : le souci de l’enfant à nourrir, à laver, à langer, à calmer, à dés-angoisser ne lui permet pas, sans culpabilité et sans fatigue excessives de jouir de la vie accompagnée de cet aspect de la vie. D’autant que le souvenir, généralement assez cuisant, de son accouchement, lui a laissé une blessure que seul le temps, selon elle, ne peut que cicatriser.

Son homme ? Il ne lui reste plus qu’à « sublimer » (ici : (s’)oublier !) dans son activité sociale, dans cette activité nommée travail, oublier sa propre vivifiance sexuelle (ce que la société corrobore de tout son poids et d’une gigantesque quantité d’arguments prouvant le maintien de sa virilité malgré une sorte d'absence) et le couple s’installe dans une pseudo-abstinence, à raison d’environ une étreinte hebdomadaire par semaine, parfois sans film porno et sans petite culotte dans la raie des fesses : distance temporelle certifiée par les soucis d’emprunts à rembourser, les conditions de ce « travail », la charge vitale diminuée de cet homme qui passe par tant d’humiliations, subies ou données. Ce n’est pas misérable, non, c’est quotidien.

L’occupation commune des enfants donne au couple le sentiment d’un lien, aussi fort qu’une brasure (soudure exogène). Il y a que l’indépendance de cette soudure, de l’enfant en pâti** : d’être dépendant, celui-ci doit devenir indépendant, et très vite, finalement : à quatre ans déjà, il devrait être capable de choisir ses vêtements, de se les capeler, de choisir quoi et quand il a besoin de se nourrir et d’être propre, d’aller seul à l’école (si cela l’intéresse et si on le lui a bien montré l’utilisation, et non pas l’utilité), d’émettre des jugements qui doivent être considérés comme opportuns pour tout ce qui le concerne directement, etc., etc.

Or le résultat de ce métal d’apport à la cohésion du couple donne qu’à 16 ans, âge où il est rendu à la pleine capacité de ses moyens, cet « enfant » est toujours aussi dépendant affectivement, monétairement, socialement de ses parents, qui s’étonnent qu’il fasse des conneries, qu’il se comporte comme un irresponsable ou en mouton. Cela commence dès la poussette : l'outil de la résignation où cet enfant s'y voit, au plus tôt, sanglé, immobilisé. On retrouve les conditions patriarcales ancestrales de l'emmaillotement ayant pour conséquence de produire des enfants insensibilisés, exempts d'empathie, et propre à l'enrégimentation.

L’appareil génital féminin se rétrécissant, diminue le plaisir ressenti de la mouvance de l’organe génital complémentaire dans son être : beaucoup même ressentent des douleurs à la pénétration et le rapprochement amoureux se distancie davantage. L’homme peut devenir agressif, s’il ne l’est déjà pas par éducation, et le désir, par transmutation, devient violent : à moins d’une castration chimique (médicaments calmants, somnifères, traitement des hémorroïdes, etc.) il faut que nature exulte et le respect mutuel qui a fait le ciment de ce couple, porte à d'autres anifestations, demande à se répandre vers d’autres ailleurs.

Du fait de l’éloignement des étreintes, celles-ci ne sont plus aussi satisfaisantes, ludiques, gaies : non seulement l’homme, qui est comprimé par sa charge sociale et l’abstinence, est devenu moins attentif, vu que ce n’est plus lui, en tant que personnalité, mais lui en tant que besoin qui sollicite cette étreinte, qui rencontre sa compagne, mais aussi la femme qui se trouve exactement, mais à sa manière, dans les mêmes conditions, y porte peu, il y a aussi une condition biopsychique qui ne demande plus à vivre « en mieux » ses exigences plongée dans la torpeur de la résignation, toutes ces choses rendent ce rapprochement plus court, plus affamé, moins « amoureux ».

S’identifier au plaisir que l’autre éprouve n’apporte plus autant de bonheur, de gratification.

L’occupation des enfants lui donne à penser, à elle aussi, que le monde de l’amour asséxué est plus satisfaisant lorsqu’on ne se réfère pas à son aspect sexué : le tabou de l’inceste est là pour en certifier l’exactitude... indirectement. L’épouse s’installe donc dans un monde de semi-abstinence, et le monde suit son cours. Un revirement s’opère, parfois, à la joie de l’époux, où elle s’adonne à des comportements excitant la sexualité mâle comme un chiffon rouge bordé de jaune agité aux yeux d’un taureau tenu en abstinence avant la corrida : sa satisfaction prend goût alors dans cette sorte de sacrifice. Un statu quo peut ainsi s’instaurer, car la satisfaction féminine est souple lorsqu’elle est acceptée partielle.

Il arrive parfois que ses yeux brillent en se posant sur un visage, un corps, une démarche, un mot d’un autre homme que son mari, que sa curiosité s’éveille pour ce qui était resté jusqu’à endormi, mais bien présent, à l’évocation du plaisir : le désir transparaît alors dans cette étincelle de bonheur. Mais peut-on imaginer une femme allant alors, son enfant à la main, aller voir cet homme ? Ou bien l’inverse : qu’elle accepte de parler sensuellement avec un homme alors qu’elle tient son enfant à la main ? Et puis, même s'il ne peut affirmer de véritables prérogatives affectives, son époux est là, du coin de l'oeil à la surveiller... on peut dire jalousement, puisque le plaisir qu'il n'a plus s'en irait se poser ailleurs !

Un enfant à la main, non, bien sûr : cela est totalement immoral, car la morale de cette socialité n’est pas la satisfaction sensuelle que l’on peut directement vivre soi, mais au contraire, une sorte de sensualité que l’on doit vivre à travers les choses : le plaisir sexué étant toujours « rivé » sur la reproduction de l’espèce, le rejeton n’y comprendrait plus rien car il ne comprendrait pas que sa mère puisse encore vouloir aimer quelqu’un d’autre que celui dont il est le rejeton, que cela soit permis ! On le lui interdit plus ou moins directement à lui/elle-même, ayant appris que le seul amour qui soit est celui de ses parents, point.

En conséquence, il est immoral d’avoir l’idée même de réaliser cette satisfaction, soi, avec ses propres moyens, sa vie, son corps, son âme. Par son comportement, ou par la remontrance, elle empêchera sa fille d’aller s’aventurer avec l’amour sous le prétexte fallacieux de la maladie ou de la grossesse, et son fils par la peur instillée de l’amour comme perte de sa virilité, de l’esclavage, de la décérébration à cause du plaisir qui vous est donné de vous abandonner.

Alors que tous les romans, films, scénarios et que ne sais-je encore, n’ont pour point de départ et de mire que cette rencontre, précisément : ses modalités (imaginées), ses conditions (imaginées), son aboutissement (imaginaire !).

Mais cet enfant, lui, qui voit ce qui se passe, comprend lui aussi ce qui se passe. La fille qui perçoit le fond des choses, et le fils qui perçoit la surface des choses, comprennent ce qui est admis et ce qui ne l’est pas : c’est à dire ce qui « leur » est admis et ce qui ne « leur » est pas admis. Quoi d’étonnant, dès lors, de voir les filles s’habiller à réveiller la génitalité d’un mort {(Papa ! t’as vu comme je suis une belle poupée ? Viens jouer avec moi...) Ce père et cette fille, bouffis de désir caché, lui pour sa chair, elle pour une satisfaction fixée à un grand amour désexué ; et ce père n’en a jamais voulu en « toucher » un mot car cela serait se compromettre avec et dans son désir} et de voir les garçons ne rien comprendre au fait qu’on ne puisse pas parler d’amour {(Mais pourquoi elles montrent toujours leurs culs ces filles ? alors qu’elles ne veulent jamais baiser...) Ces garçons qui n’ont jamais reçu très tôt l’autorisation d’aller voir ailleurs que chez leur mère et qui leur empêche la masturbation, leur propre prise en main, mère qui n’ose pas expliquer l’origine sexuelle des relations humaines car elle veut elle-même en oublier la teneur réelle}, c’est-à-dire aimer aussi avec son corps.

Un jeune-homme ou une jeune-fille n'a pas le droit d'avoir sa propre chambre avec sa propre clé d'une entrée indépendante, aujourd'hui encore.

La manière de faire de la mère transmettra à la fille cette crainte-désir, piment de la pornographie, qui l’éloignera de l’amour. Tu m’étonnes qu’elles soient si connes ! Comment pourrait-il en être autrement ? Sa mère n’a pas baisé depuis deux ans, elle se dessèche et au regard d’un homme, rougissant, elle a honte d’elle-même car elle ne peut pas répondre à son désir, à elle, de fondre dans un autre être qui lui évoque ce désir à en rougir. Qu’attendre d’une telle cohérence ?

Tout dans cette société est contraire à cette sorte d’amour : que peut-on se souvenir des sensations du « démon de midi » au moment où il se présente, à 14 heures sociales, avec ce décalage horaire à la noix ? Regardons autour de nous pour constater ceux qui s’y adonnent encore, à la fraîcheur des visages qui se présentent à nous ?

Oh ! il ne s’agit pas de fidélité au mariage, et le reste, puisque ce mariage n’en est plus un, sinon que trois fois dans un lit par an. Cette fidélité est là, encore, pour maintenir loin la vie des plaisirs de la vie que la vie a pourvue pour la vie et son entretien en bonne santé.

Cette crainte-désir l’effrayera mais elle aura peut-être le courage de s’adonner une fois ou deux aux sensations particulières de la pornographie, qui ne sont telles que pour un autre, fusse son compagnon d’alors, ou elle-même dissociée d’elle-même. Ce désir-crainte l’effrayera lorsqu’elle rencontrera un homme qui la pénètrera avant de l’avoir fait, qui l’émouvra dans son cœur. Surtout ! pas de bite dans son vagin ! même quand cette émotion lui en évoquera l’envie, anticipant participant du bonheur escompté !

Tout cela est à effacer de la mémoire du corps : on a encore des règles régulières, mais on voudrait que cela cesse, pour en être débarrassée. La « ménopause » arrivera avec des désagréments du fait que l’on se soit maintenue dans cette abstinence du rapprochement amoureux satisfaisant, mais on en assumera, comme une extraction de dent, les conséquences, les vapeurs, cette émotion énergétique restreinte dans le cadre, devenu prison, de sa peau.

L’homme de son côté s’est résigné, son sadisme a augmenté d’autant, il trouvera un poste social à cette mesure de cette maladie affective et en profitera peut-même pour profiter d’une femme plus délurée, rusée ou plus faible qu’une autre. Mais le monde, lui aussi, se sadisera, se cérébralisera un peu plus à sa mesure, puisqu’il le transforme à cette mesure : c’est ici la justification de cet aspect « boolien » que prend le monde (d’autres disent : blanc ou noir, ou un... deux, un... deux, un... deux)... vous avez : l’électronique (zéro-un-zéro-un...), sensée résoudre les problèmes ?!? Hahaha !

Il s’agit d’abord de résoudre le problème de l’amour, avant toute autre chose. Et les vieux n’y peuvent plus rien faire : ils doivent laisser les jeunes s’en dépêtrer en leur en concédant les moyens pratiques (logement entre autres...). Il s’agit de cesser de cacher que le problème est le problème de l’amour, que c’est lui, comme notre sujet, qui guide le monde, directement ou indirectement ; et que si le monde est en si mauvais état, humain ou naturel, c’est que l’amour est en plus mauvais état, et non pas l’inverse. Il ne s’agit pas de l’amour de dieu, ou des dieux : il s’agit de l’amour humain : que l’humain éprouve pour lui-même et corrélativement pour le monde, le sien et celui qui l’abrite, l’accueille. Il faut cesser de travailler à autre chose ! Ce monde construit, fabrique des déchets (que ce soit la pollution nucléaire, chimique, alimentaire ou sociale : ce qu’on nomme « délinquance ») pour les vendre aux plus offrants avant même qu’ils ne le soient devenus ! Il en est de même de nos enfants, des enfants à qui on rend de plus en plus difficile la tache de résoudre le problème de l’amour en continuant à travailler tel que nous le faisons. Qu’on se le dise.

Ainsi donc, nous vivons dans un monde où ce qui apparaît est le refus, le reflet de ce qui ne veut pas apparaître, de ce qu’on voudrait qui ne soit pas et qui ne peut qu’être : tu m’étonnes qu’il soit déglingué !
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**Il faut lire et relire Les étapes majeures de l'enfance de Françoise Dolto @ Folio poche !!!

lundi, 13 novembre 2006

Fin des vieux clichés : place aux neufs !

Finalement l’humanité ne sera heureuse que, non pas quand elle aura pendu le dernier capitaliste avec les tripes du dernier bureaucrate, mais quand le sexe masculin ne sera plus une arme et pour lui et pour elle et quand le sexe féminin ne sera plus une blessure ni pour elle ni pour lui : quand le plaisir aura fini de faire souffrir, en somme.

Y’a du taf, compagnons & compagnes !

La seule solution à laquelle je suis arrivé est que nos enfants n’en connaissent, n’en sachent, n’en approche rien ; pour nous c’est niqué. Il faut faire un réel effort sur nous-mêmes pour permettre une telle accession... et apprendre à savoir fermer notre gueule à leur égard. Conseil, bon aloi, bon sens, à propos, nourriture, chaleur, réconfort, affection et tendresse : voilà notre emploi, et RIEN d’autre.

Apprendre à fermer notre gueule de vieux ploucs amochés, meurtris, chefs d’entreprise, blessés, stars, amoindris, hypnotiseurs, travailleurs, laborieux, pollueurs, destructeurs, flics, politiques, alcooliques, moralistes, psychiatres, instituteurs, militaires, profs, professeurs d’université et de médecine, mauvais cuisiniers, industrieux, industriels, drogués, malbaisés et mauvaises coucheuses, écrivailleurs, théâtreux, et que ne sais-je encore !

dimanche, 12 novembre 2006

Les dieux sont toujours ce qu’ils étaient, à quelque chose près !

Dieu est un enfantillage passé à l’âge adulte. La notion de dieu a une base véritable, pourtant, bien matérielle, affective, biopsychique, elle a une bonté. Les dieux créateurs de l’enfant sont ses parents, bien sûr. Ce sont ses parents qui l’ont véritablement créé, ce sont eux qui l’ont pourvu en tout ce qui permet de rester en vie, ce sont eux qui ont créé le monde dans lequel il est né, ou tout au moins qui ont entretenu celui qu’ils ont reçu de leurs propres parents, c’est la mère qui a donné les premiers mots intra-utérins, les toutes premières émotions (mis en mouvement, mise en vie), c’est des parents que l’on reçoit sa manière de s’adapter au monde par le choix de la nourriture, de l’environnement, de la langue et même de la position sociale.

Le sacrifice aux dieux de sa personne, c’est à dire la fusion de sa personne avec le dieu, correspond à ce don de soi dans la bonté du dieu, car la dissociation de sa personne (« dé-fusion », l’individualisation) correspond exactement, dans cet entendement enfantin du monde, à la perte du monde, de tout ce dont ses parents pourvoient, au présent. Ainsi, la valeur de sa propre vie n’ayant pour référence que ce qu’apporte le dieu, qui est pour soi une réalité, trouve son importance dans un retour fusionnel au dieu, une perpétuelle tentative de s’y refondre, car c’est de l’époque de sa prime enfance dont on a gardé ce délicieux souvenir de la félicité dont vous octroie vos dieux, vos parents, à laquelle on se réfère qualitativement. Quelque soit ce que l’on a vécu à ce moment là, ce sera toujours la référence de la bonté du dieu : malheur, douleur, plaisir, joie : nous avons gardé de cette époque la base du bonheur, le fondement de la félicité, le roc de notre manière de jouir du monde, les réponses (positives ou négatives, à l’époque de l’être, cela n’a pas d’importance : c’est) de son adpatation au monde.

Exemple simple : on dit d’une personne dotée d’une belle éloquence qu’elle parle comme un dieu, et à l’époque historique grecque ou latine particulièrement, elle était considérée comme un dieu, comme possédée par un dieu, comme contactée par un dieu et contact d’un dieu (c’est à dire que l’on avait l’opportunité d’avoir devant soi un dieu qui parle) du simple fait de pouvoir énoncer correctement (concordance des temps, des lieux et des actions) une, ou des idées que d’autres attendre de trouver leur formulation : comme on attendait nourriture ou caresses de nos parents lorsqu’on en avait faim. Prendre pour pain béni les paroles des Évangiles ou du Coran, ou un chanteur à la mode, c’est rester en contact fusionnel avec les dieux, avec cette réminiscence que l’on a de la félicité « à condition » (si tu fais ceci tu auras cela, si ne tu veux avoir cela, fais comme ceci), c’est se dispenser à compte (un, deux, trois, quatre, ...) de l’angoisse existentielle qui émerge tout autant de cette période fusionnelle de la prime enfance que les dieux (les parents, ou le père, ou la mère) ont su prolonger par éducation bien plus tardivement que nécessaire.

Car cette période fusionnelle est, bien sûr, un passage obligé du fait de l’entendement que l’on ne peut alors qu’avoir du monde (selon sa condition de totale dépendance – et elle n’est que joie ! – envers les dieux) tant que l’on n’accède pas à une indépendance de compréhension de ce monde auquel on est en train d’accéder, soi. Dans les conditions du contact fusionnel avec un dieu, la mort elle-même a peu d’importance, puisque l’on rentre en fusion, par la mort, avec ce dieu de la mort. Les jeux du cirque romain ne correspondaient qu’à entrer en contact avec le dieu de la mort qui avait autant de consistance pour certains d’entre nous que l’autorité de la police, d’un homme politique, qu’un footballeur, qu’une star de cinéma. C’est une charge affective qui donne consistance à un ou des dieux, rien d’autre. Et la genèse de cette charge se trouve dans la prime enfance : le dieu est une tentative de résolution du problème fusionnel de la personne d’avec sa prime enfance, d’avec ses parents. La personne habitée par un ou des dieux ne peut pas comprendre qu’on ne puit pas l’être !

Mais finalement, que nous présente notre société, qui pourvoit en tout à nos vies : nourriture, air, confort, bonté, amour ... ou leur contraire ? Car elle ne nous présente que des actions de dieux : exempts de lois, d’honnêteté, de bienveillance et même d’usage de l’intelligence ? À la télé (je n’ai pas de télé, j’en aperçois le contenu ici ou là, au hasard du temps) il ne nous est présenté que des dieux, c’est à dire des personnes avec lesquelles on a un contact fusionnel, auxquelles on s’identifie, dont on voit – et admet ! ― des actions extraordinaires, totalement détachées de la réalité, du possible.

L’être humain est un être d’image : sa particularité naturelle (pourvue par la nature, la vie qui passe son cours sur un lieu particulier : la planète) est de se transmettre des images : mots (images verbales), images proprement dites (images, sculptures, symboles) : il ne vit que par l’intermédiaire, l’usage d’images, et il a besoin d’objets pour matérialiser, fixer ces images qui lui sont, finalement, une assez grande source d’angoisse. (Je me demande parfois si ce n’est pas une erreur de la nature, d’ailleurs, au vu du résultat : elle s’essaye toujours dans ce genre de chose, cela fait partie de sa vie). Néanmoins, les gens, n’ayant pas saisi la « teneur » de ces images, persistent dans une perception paresseuse du monde, je veux dire infantile : l’enfance dans l’âge adulte.

L’humain s’est donné la possibilité d’une compréhension de lui-même, de se détacher de l’infantilisation de sa condition infantile, par la technique... que l’on a devant nos yeux. Cependant, son infantilisation, sa perpétuelle recherche de la fusion avec les dieux, le laisse dans son stade infantile et tous les moyens qu’il a extrait de la technique ne nous donne à voir, penser, réfléchir, constater, comprendre notre monde que pour corroborer cette infantilisation : on voit simultanément sur des milliers d’écrans des personnes se disputer un ballon, par exemple, ou des femmes à demi-nues, qui vous sourient béatement en restant totalement immobiles, comme des meubles. Parfois quelques bannières passent de-ci de-là pour énoncer quelques idées que ce monde a de lui-même et comment il compte le rester, malgré toute une série importante de conséquences délétères : la pub. Et les dieux eux-mêmes ont le sourire cynique du salarié fier de sa feuille de paye dont il voit le montant s’accroître à mesure de son pouvoir, et de son usage, de séduction fusionnel.

Et les gens gobent ces effets de dieux pour les adorer : ces gens sont malades, affectivement et cette maladie est leur dépendance à une quémande de fusion d’avec les dieux. Tout ce qu’il font, comme ensemble des dieux et des adorateurs, est d’oublier qu’ils sont malades car il bien plus facile de rester afffectivement fusionnel que de se prendre en main. La société empêche même cette prise d’indépendance qui aurait dû se situer dans l’enfance, précisément dans l’enfance, dans la prime, et déjà lointaine, enfance.