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dimanche, 08 août 2010

Intime solitude

Pas d’idée, c’est la cague. Tant de choses à dire, pourtant, mais radio : nada. Le sexe, les femmes, le travail, le pouvoir : pfeu ! Rien que de l’ennui, finalement. En fait, tout le monde se moque de tout le monde, d’en dire plus serait rajouter à l’ennui l’ennui, sans plus. Et il n’est vraiment pas facile de sortir de l’ordinaire où on trouve de tout pour vous en soustraire. Des films, des romans, des histoires, des malheurs à la télé et le petit qui chope la varicelle ; d’autant qu’il n’y a plus de pain et que c’est dimanche soir et que le congélo est en dégivrage.

Sortir de l’ennui est un problème qui va jusqu’à l’ennui quelque fois. C’est ennuyant, les problèmes : ça apporte souvent des ennuis. Mais je me trompe : ce n’est pas de celui-là dont je voulais parlé, je voulais de l’autre ennui-là, celui où on ne trouve rien à faire, pas même à respirer tant il vous ennuie. Passion : que tchique ! Pas de sang mouvant et brûlant qui circule dans les veines et le cœur est sans cœur, lui-aussi : il vous lâche, le lâche, dans un moment si prégnant où vous auriez tant besoin de sa pulsation, de son tonus, de son don. Ha ! donner son cœur ! et la vie s’allège comme une plume sèche sur un gazon ras à cette caresse aérienne qui passait par-là. Et il y a pire, peut-être, que le don du cœur : c’est l’absence de l’intime. Rien que d’y penser la peur me saisit dans un mouvement descendant où le sang qui réchauffe mes mains s’en va vers je ne sais où des pieds. La présence de l’intime. Voilà un sujet intéressant, mais de discuter de son absence, c’est beaucoup plus flippant ! Il n’y a rien de palpable, de tangible, de chaud, de son, d’odeur et de goût : il n’y a rien. Et ce rien est terrible, car rien ne le peut définir que sa constatation qui passe immanquablement par la résonance de l’intellect branché, dans ce cas, en direct sur l’émetteur de la crainte qui trouve, précisément, sa justification dans cette absence. Terrible, non ? La raisonnance de l’intime absent.

Glurp.

Quand j’étais jeune, vers 20 ans, j’avais un don : je savais ne pas flipper, j’avais acquis, je ne sais comment, le pouvoir de ne pas craindre et de ne pas craindre, non plus, la peur. C’est un don magnifique et je l’aimais beaucoup. Même si je ne puis retrouver précisément les circonstance de sa perte, j’en reconnais encore, dans une ou deux de mes réactions, des traces qui, pour aussi infimes qu’elles transparaissent dans le cours du mouvement du temps (et conséquemment par son côté éphémère) sa présence ne se laisse pas de se faire reconnaître. Et j’adore. Isidore veut dire « cadeau d’Isis ». Isis est cette déesse égyptienne qui, avant de copuler avec son frère, l’a retrouvé en douze morceaux, je crois et le treizième étant son pénis (ce qui signifie que nous sommes dans une société matriarcale : 13 mois de 28 jours + un jour ou deux) pour la féconder (ce qui signifie que nous sommes alors dans une société patriarcale). Je me demande bien quel pourrait être ce « cadeau d’Isis ». Et à destination de qui. Isis en fait est déjà le résultat d’une deuxième transformation du monde : il n’était pas, ensuite il a été et Isis en est la conséquence. Comme dans toutes les société à filiation matrilinéaire, le garçon vient après. Du fait qu’on ne sait d’où il provient, sinon que de ce qui a produit Isis, il vient de la même matrice, il devient inévitablement le frère d’Isis… et en conséquence, elle, sa sœur. La société patriarcale retient qu’elle a été sa sœur et beaucoup moins que lui est son frère. Je dis cela, juste pour situer d’où est le plaisir : c’est toujours intéressant de décrire la topologie affective d’un lieu, afin de mieux le saisir dans un conte qui relate l’origine de l’univers et de l’humain.

Mais pour autant que je possède ce don, dont je parlais précédemment, je me demande parfois comment je fais pour survivre avec si peu d’intime. Et il y a tant de bruits autour de moi ! Et essentiellement des bruits de gens qui travaillent. Les gens qui travaillent sont toujours bruyants, ils font toujours du bruit. Je n’ai jamais compris pourquoi, enfin… l’intérêt qu’ils y trouvent, à être bruyant au travail. Il faut qu’ils se fassent remarquer, ils ne peuvent pas laisser les autres tranquilles : ils travaillent ! Le travail c’est légitime, et oui ! Et quand on travaille, on travaille : rien d’autre que du travail, le reste, macache. L’environnement : walou – vous savez, les PCB, la dioxine, l’agent orange, le Roundup, la radio-activité, les nitrates, les produits issus du pétrole relativement à la quantité extraite, traitée et non-traitée (pollution directe : pipelines, marée noire, etc.) que je ne saurait calculer ce soir, à moins d’y vouloir passer 364 autres ; et de fait, tout est permis ! Le travail tue tout : l’amour, la joie, la vie, le rire, la paresse, l’intelligence en la rapetissant tant que la cervelle d’un alcoolique est encore plus volumineuse, et l’intimité, bien sûr. Le premier meurtrier de l’intime, c’est l’travail. Tout le monde le sait et tout le monde l’oublie pour aller au travail. On le sait, mais on le fait. L’intime ça rapporte pas un rond, n’est-ce pas ? C’est pas lui qui va nous faire bouffer ! Et qui va s’occuper des enfants, qui va les nourrir, les habiller, les protéger ? L’argent ! Et l’argent va s’acquérir en vendant sa force de travail contre la perte de l’intime. Le cercle est bouclé.

J’ai lu, enfin, tourné des pages parce que c’était un peu longuet et vide de sens, d'un bouquin qui parle, entre les lignes, des moyens de l’aliénation de masse de l’aliénation des masses : cinoch, zique, bouquins. C’est tout un monde, bien ficelé avec de l’argent, bien relié avec des histoires à dormir debout dans une ambiance de boîte. Et une opiniâtre détermination qui emporte tout et dont on ne sait d’où elle sort : il faut faire de l’argent. Et la question que je me posais était de savoir comment j’allais bien pouvoir comprendre l’agencement de la trame et du fil de ce baise-gueule de façon à pouvoir le décrire de sorte que mes contemporains s’en rendent suffisamment compte pour que, non pas que mon action soit efficace – ce dont je me contrefous dès le moment où ça marche –, mais que, finalement, ils se déterminent à y mettre fin. J’avoue que j’ai tant l’esprit un peu confus, en ce moment – et j’admettais que c’était là un prétexte à revivigoration – que je m’ai pas réussi dans ce projet. Je pose cela, avec la conscience qui tire la langue après avoir humecté mon crayon, sur l’ardoise de l’absence d’intime… au cas où ! Mais, je ne suis peut-être pas aussi intelligent que je le voudrais, alors que demande pardon.

Ce don, dont je parlais tout à l’heure, je l’aime beaucoup : on peut jouer avec. Pas tous les jours bien sûr ; non : de temps à autre. Son usage est, pour moi, un plaisir des dieux. Le hic, c’est que je trouve très peu de personnes pour jouer avec. Beaucoup très peu, même. Le plaisir de soulever le plaisir. Vous savez… vous voyez un plaisir, par terre. Alors vous vous penchez et faisant un coupe d’accueil de vos deux mains, vous soulevez ce plaisir. On l’entend le plaisir dans une voix, on le voit le vrai plaisir sur un visage : il rayonne, il pétille dans les yeux de l’autre : c’est une merveille. Bien sûr, pour le voir, il faut l’avoir face à soi, du regard. Mais on peut le saisir dans une musique différée, aussi. Je me demande parfois, faute de n’en percevoir pas d’autres sensibles qui peuvent être limités par moi, si ce n’est pas le seul plaisir qui puisse de saisir différé. Non… il y a les images, aussi.

Alors je me demandais, toujours à travers les lignes de ce livre que j’ai épluché aujourd’hui, si le rapport à la réalité qu’implique cette organisation de l’abrutissement des gens ne tenait pas aux gens eux-mêmes ; je veux dire, si ce n’est pas inhérent au genre humain d’être si con et que j’en serais alors, sine qua non mon désarroi, un extra-terrestre, une erreur de la nature dont la conformité n’a plus rien à voir avec mes frères et mes sœurs. Et je comprends ainsi que je sois seul, cela expliquant ceci. Car il est bien vrai que j’ai parfois beaucoup de mal à supporter mes frères et sœurs : ils m’agacent proprement dans une mesure difficilement quantifiable tant le volume, pourtant sec, de son existence, n’équivaut pas à celui du cœur d’un ivrogne (c’est la même, mais la signification change) plein de gras autour et proche de la rupture à celui de ma détresse personnelle.

L’incohérence, cette forme de la formulation mal formulée, ne cache pas obligatoirement quelque chose, elle ne sait souvent pas dire ce qu’elle voudrait dire plus simplement. Et lorsqu’on la détecte, on peut aussi détecter ce qu’elle essaye de dire, en le lui demandant, souvent. Mais ce monde est cohérent et bien cimenté. De sorte qu’on doive possiblement revenir sur son jugement et dire que je suis identique aux autres et qu’il me faut, moi, comprendre, en prenant tout sur moi, que je ne puisse m’y intégrer. Et ça demande quelques explications qui ne sont pas toujours possibles !

Le plaisir n’est pas facile, dans ces conditions mal comprises, à trouver. On ne peut, dit le proverbe, être au four et au moulin. Faut choisir : ou l’un ou l’autre. « Une cervelle, deux muscles, dit-il, en se claquant des deux mains les biceps et le front, successivement ». Et non, ce n’est pas facile et j’ai toujours, dans la plus grande mesure de mon possible, opté pour la facilité : travail ? Ciao ! Je me souviens du matin du sur-lendemain de notre rencontre avec Isabelle : je devais aller au travail, le matin, ou bien rester avec elle. Je suis resté avec elle, bien sûr et je me suis fait viré, pour absentéisme, mais contre la douceur de sa peau, quel bonheur !

Il y a donc toute une organisation autour du travail. Des gens ont râlé suffisamment pour que son bruit reçoive une légère réglementation, mais elle n’est pas aisée à faire appliquée : le travail reçoit un prestige que le reste des choses n’a pas et que malgré leur nombre (dont on peut trouver une proportion logique dans la comparaison de la fortune cumulée des 155 personnes les plus riches à celle cumulée à ce milliard et demi de personnes les plus pauvres) ce reste incommensurable n’en a rien reçu, ne serait-ce qu’une équivalence. Le prestige est parcimonieux, il est très radin et sélectionne ses attributions avec préciosité, intérêt et capital.

La question que je me pose est : comment les gens peuvent-ils être si soustraits de la réalité, de la leur, par des images ; quel est le processus de ce processus qui les immunisent contre leur réalité ? Pense-vous que c’est par modestie que je ne propose pas d’en partager les connaissances, du fait de me croire seul suffisamment intelligent pour résoudre une telle équation ? Non : je pense sincèrement que le partage, entre nous, de cette question pour en tenter de résoudre l’énigme, est très important, crucial et indispensable. S’agit d’en causer les modalités. Faut passer un contrat, une convention et une charte entre nous pour que cela puisse être possible, sinon se réaliser.

Si l’humain contient en soi, comme don, l’hypnotisme de l’image, il doit faire avec et cesser de se faire des morales qu’il ne pourra jamais atteindre, car elles ne font tout simplement pas partie de ses possibles. Il faut reconsidérer les religions, toutes les religions dans cette direction, sinon elles sont un cul-de-sac, pour rester propre. Tout ce que veulent atteindre les religions est hors-propos, hors nous : pas la peine de se mettre en peine pour l’atteindre. Et il faut l’ADMETTRE ! Je crois que c’est là le plus difficile. Admettre que l’on est pas ce qu’on se voit d’idéal est du genre à coincer aux entournures. Pourtant c’est logique : comment un idéal peut-il n’être pas une hypnose ? Ou alors, bien que nous puissions avoir une définition assez proche de l’hypnose, nous n’avons pas la même définition de l’idéal. Et c’est quoi un « idéal » ? Humm ? Un idéal c’est une idée, une pensée repensée, un « concept » dirait Hegel, « l’idée d’une idée », c’est une idée, dis-je, de ce qu’on voudrait pouvoir être (le « pouvoir vouloir être » - ce que je pourrais vouloir être - est plus terre à terre et n’entre pas en ligne de compte). Un idéal est quelque chose qu’on ne peut pas atteindre, soi. Alors on va le chercher chez un/e autre. Et comme, de toutes façons, il ne peut pas vivre chez un autre, cet idéal va chercher à gommer ce qui empêcherait qu’il se manifeste. L’hypnose, c’est ce coup de gomme, pour moi.

Revenir à l’état de grâce du présent procure de l’ivresse que d’aucuns n’hésitent à nommer plaisir. Alors, parfois, lorsque j’utilisais ce don dont je parlais précédemment, je me faisais figure de manipulateur : « les gens avaient du plaisir contre leur gré » me disais-je, « tu n’as pas le droit de faire cela ! » Et je me mettais à avoir peur. Mais il faut du temps pour se l’apercevoir et se l’admettre, le monde humain est continuellement de cet ordre : la manipulation de l’autre et de soi, dans les cas plus avancés. Il y a un mot pour dire le contraire de « manipulation » qui est « sincérité », mais je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de l’utiliser : il doit être bien noir, encore, dans les pages du dictionnaire : peu de doigts l’ont caressé.

Le problème de la sincérité est qu’elle est sans détour, alors que le différé et l’indirect qui sont propres à l’humain demandent immanquablement ce détour qui déqualifie la sincérité. C’est quelque chose, là, qui m’échappe : c’est pour moi un grave problème. C’est un grave problème car, si il existe, ce problème pour moi, j’ai tout faux : tout s’écroule à la fois, les temps et les lieux, les joies et les peines, les pierres et les tuiles. Je me joue de vous, n’est-ce pas ? Tendez la seconde. Le différé et l’indirect qui caractérise l’action de l’humain sur le monde, en tout et partout, n’est pas dissociable de la sincérité : ils peuvent contenir la sincérité, c’est un choix ou plutôt la décision que cela n’en soit pas autrement. Sinon ça ne marche pas ! Les uns perdent de leur sens et l’autre est bafouée !

Et mon système tient car il invente, voyez la perversité, le concept de « Spectacle » qu’un autre a défini très bien, mais sans notoire référence à l’existence de la sexuation et de ses implications dans le monde en général, global… enfin.. comme moteur énergétique, bien sûr, comme pompe à pouvoir, comme bulldozer dont le conducteur répond à la loi hébraïque en outrepassant son dissentiment affectif personnel, comme étincelle donnant naissance à tout, donc au spectacle, sans que je veuille donner plus d’importance à mon idée que les gens vivent sans sa perception, à cette sexuation, sans elle et que l’on peut trouver ici une « raison » de cette énergie qui les fait quand même agir. Compliqué, tout ça.

Le renversement de la vie en non-vie ; l’organisation de la marchandise et de sa gestion ; le lien social et le travail. Rien ne fait défaut dans la théorie du spectacle de Guy Debord qui a affirmé avoir beaucoup bu, plus qu’il n’a lu, et je le crois. L’organisation de la frustration. Dixit un spectacleux : « notre métier est d’organiser le désir » et non pas le plaisir : c’est là, dans le désir pour le désir, que la sincérité est dissociée du différé et de l’indirect : un monde où il faut payer de sa vie pour voir et perdre le moment historique et la mémoire de ce que l'on est. Et, pour revenir à ce don, dont je parlais précédemment, une de ses caractéristiques était qu’il remettait là ce qui est là. Qu’est-ce que les gens ont peur du ! Combien ils en sont effrayés ! L’idéal et le … ils le vivent pourtant, ce .

Donc, de loin, dans ce livre que j’ai haché cet après midi, j’ai entrevu que l’hypnose des masses est tributaire de l’absence de leur sens de l’être-là, l’absence de l’intime, indispensable pour devenir. Une pédagogie qui s’est faite peut être défaite. La solution est immanquable : il faut arrêter de travailler pour la découvrir. Arrangeons-nous ! car je ne pourrai le faire seul.

samedi, 07 août 2010

Etat des lieux pendant déménagement

Le destin est combinatoire. Une partie de la combinaison est la marche de l’humanité, comme ensemble organique ; située dans un environnement duquel elle ne peut se séparer : elle y est donc intégrée en respectant ou non cette intégration, car l’humanité peut se séparer de ses bénéfices, de ses avantages, en les matérialisant bêtement et en les coagulant sous formes de richesses extérieures à elle-même et générant, par ailleurs et sur une plus grande surface, une pauvreté. Je fais parti de cette combinaison, à ma mesure, bien sûr. Mais, je suis seul : je ne peux pas dire que cette combinaison me sied et pour défaire cette solitude, il faudrait que je sois un autre qui ne le suis : que je modifie des paramètres dans ces combinaisons, en restant ce que je suis. Mais comment ? « Être ou ne pas être » c'est ne pas être encore et n'être toujours pas !

Pour l’heure, je tente de me débarrasser de ce qui me gène, des aspects matériels d’une certaine existence. Il reste le problème du stockage de mes affaires ; et tel que je suis parti, je ne sais si je pourrai passer un contrat avec quelqu’un pour ce stockage qui ne me soit pas trop désavantageux… si j’en trouve un !

En fait, le premier, si je pouvais, truc dont je voudrais me défaire, est cette solitude. Je ne vois personne, je n’ai pas d’intime, d’intimité, de correspondance et j’ai l’impression que je ne peux pas en avoir, que je ne pourrai plus en avoir.

Mais c’est pareil ! Etant qui et ce que je suis, je m’attends à autant d’ennuis que je causerai de par mon caractère, que ce soit de moi ou des « autres » (et de moi, principalement). J’ai la sensation que je ne pourrai jamais faire en sorte que quelque chose fonctionne sans anicroche, simplement. J’ai le sentiment d’être entacher de cette tare : les emmerdes, je cherche inconsciemment les emmerdes ; et s’il n’y en a pas, j’en crée !

Je pense que le problème combinatoire se situe là : ma propension à créer des emmerdes.

Cette création d’emmerdes peut simplement venir des « autres », mais provient essentiellement de ne savoir pas faire avec les « autres ». En fait, je n’aime pas les « autres », je suis misanthrope, profondément misanthrope. Sous des couverts d’humaniste universel, je hais les gens et je ne peux pas les supporter tels qu’ils sont.

La combinaison est tordue de ne pas apprécier la compagnie des gens : je préfère rester seul que de les fréquenter. Je ne les comprends pas, je ne saisi pas comment ils fonctionnent, comme ils marchent. Je devrais peut-être l’ignorer, encore qu'il faille penser que c’est ici plutôt une attitude défensive à leur égard.

Et lorsque je pense cela, je pense à ma mère et aux coups qu’elle m’a donnés. Une sorte de nostalgie des coups de ma part ? Quelle misère que l’être humain ! Il (je) a (ai) tant de problèmes à résoudre, sinon qu’à vivre en misérable, soit qu’il y persiste soit qu’il ne les résolve pas ! Mais peut-être que les « autres », les gens ne sont pas moins misérables que moi de SE fréquenter : ils y retrouvent une affectivité qui, pour être ce qu’elle est, les satisfait et d’autant plus que moi qui n’en ai aucune expression ! Je n’aime pas la forme de cette affectivité comme je n’aimais pas la forme de l’affectivité de ma mère envers moi. J’ai cherché d’autres formes sans parvenir à trouver une forme qui, non seulement me convienne, mais convienne aussi à plus que moi, puisque l’affectivité est au moins binaire, l’intimité ne peut être que par soi : elle nécessite l’« autre », le tiers, l’altérité !

En fait, c’est cela : j’ai orienté ma vie dans la recherche d’une autre affectivité en gardant les tares de l’ancienne. Et je suis coincé. J’ai bien trouvé des moyens affectifs différents, mais je suis seul à pouvoir les appliquer selon les seules modalités (qui contiennent ces tares) que j’ai trouvées à établir. Tout ce que j’ai fait de ma vie est un ensemble de coups d’essai qui ont abouti de toute évidence à des échecs qui n’ont de sensible que d’avoir été vécus comme coups d’essai.

Mais, finalement, c’est le résumé de cette existence, comme d’un coup d’essai, qui est un échec affectif. Je ne regrette pas ce que j’ai vécu, sinon que ce résultat, ce vide conclusif. Je pensais pouvoir accéder de cette manière au bonheur, à une rencontre, à des rencontres, sans que cela se produise. J’ai bon espoir que l’amour existe pour les autres, sans que j’y accède personnellement, pour n’en rien reconnaître. Je suis obtus, belliqueux et interdit à l’amour. Les modalités que je peux sincèrement entrevoir d’une cessation de cette solitude, ce que je peux, à partir de mon expérience qui est indéniable, entrevoir d’un futur de possibles, ne me montre que la vision d’un impossible matériel du fait de ces tares dont je parlais précédemment. Tel que je suis, je ne peux rencontrer personne, à moins d’un miracle ! Le miracle est une partie de ce combinatoire, du destin, mais autant ne pas trop compter dessus tant il est rare et précisément octroyé.

Comment donc changer ? Paresseux, je suis bien en peine de répondre à cette question et les efforts déjà déployés dans mes précédentes tentatives d’adaptation à l’« autre » n’ont passagèrement éreinté. Car mon intelligence est comme voilée à entrevoir d’autres manières aussi passionnantes (et qui vaudraient ainsi le « coup » d’essai affectif) : à la fois à cause de ces tares et à la fois du fait d’un manque d’énergie patent, de fatigue. Impasse.

Ce que j’ai pour le présent entrepris est de cesser de m'abreuver de boissons alcoolisées et de maigrir pour m’alléger le corps, le poids, la pondération physique de mon appui sur la planète. Il me faut un peu de patience, encore. Dans ces conditions de traverses, la cervelle doit reprendre un autre volume, la graisse doit s’épurer, le muscle doit se raffermir. Cela prend du temps. Cette solitude peut ne pas durer.

Ce qui augmente encore l’état d’impuissance dans lequel je me trouve est cette impuissance où je me trouve de ne pas trouver de solution à cette impuissance.

Seulement, je suis la solution de ma rencontre avec l’autre, au moins en partie. La richesse dont je me dis dépositaire n’intéresse que moi : c’est un puits d’eau fraîche, je suppose, dans une contrée déserte et très peu fréquentée car peu fréquentable. Car, encore une fois, je serais capable de chercher des poux sur la surface d'une boule de billard pour avoir le plaisir de provoquer l'excitation d'une dissension douloureuse pour une réconciliation heureuse. Si je suis si « intelligent » pourquoi donc ai-je perdu Annie ? Intelligent, mais con. Cicatrices. Se défaire d’une telle connerie n’est pas facile… Faut vraiment être con pour être à ce point con !

J’ai peut-être trouvé le désagrément du monde et son origine – et que je veuille aider à s’en défaire est on ne peut plus légitime – mais les modalités d’applications de ce désagrément sont si diverses, si multiples, si variables, si labiles et se manifestent sous tant de formes différentes pour un même fond, que je ne vois comment, collectivement, il pourrait être possible de s’en défaire – même en le sachant et peut-être moins encore à travers ce que je dis. Ainsi, l’échec est là, et il me dépasse de ses moyens. Apprendre à faire avec, à en jouer, je ne sais si je puis le pouvoir et… si j’en ai le temps !

C’est qu’il me faudrait d’abord me confondre à l’érotisme du féminin, et parfois dans son aspect porno, son adaptation à ces conditions, que je ne suis pas capable d’assumer, sinon que ivre ; et encore : c’est alors elle qui en a peur à moins de le provoquer, ce qui n’est pas loin de me faire peur par sa violence. Blablabla...... Le marchandage n'est pas équitable, car ce ne sont pas les mêmes mesures de poids que pèsent les plateaux de la balance. La chair.

jeudi, 05 août 2010

L'angoisse et moi

Une caractéristique dans la démarche des "grandes personnes" vis-à-vis de moi est assez fréquente : au début, je suis sympa et tout et tout, et puis, mon côté "enfant" leur fait penser que je suis UN enfant, c'est-à-dire, à leur yeux, quelqu'un qui n'est pas encore responsable. Un enfant est une personne qui est toujours et encore dépendante des adultes de par la protection d'une agressivité qui provient principalement des autres adultes.

Mais il ne s'agit pas de ce genre de protection, dans mon cas, car ce sont eux qui se protègent d'un enfant que leur adulte a renié pour être et rester adulte, le paraître aux yeux de tous et s'y faire reconnaître. Leur bienveillance initiale à mon égard, émane de cette légèreté, de cette sorte d'insouciance, d'extrême parfois qu'ils perçoivent dans ma fréquentation comme une nouveauté, une fraîcheur peut-être, au moins un exemple d'allant confiant au monde qui les charment par cet aspect "enfant". Puis, ils transforment ceci en enfantillage, autrement dit, ils dégradent cette attitude qui leur devient insupportable, non pas par un comportement d'enfant, mais par un comportement d'adulte qu'ils ne comprennent plus, sinon que comme enfantillage.

Car ce qui caractérise le monde des adultes, de ces adultes, est la maîtrise d'une angoisse qui ne doit pas SE montrer : l'adulte est adulte parce qu'il est adulte et non plus enfant et le social présent de cet adulte est précisément une vision de l'enfant et de ses angoisses, alors que les angoisses de l'enfant n'ont rien à voir avec celles de l'adulte. Ce qui distingue l'enfant de l'adulte est que ce dernier a traversé la période de la puberté, on le sait bien ! Mais comment ? Le souvenir que cet adulte en a, reste entâché d'enfance inachevée de sorte à penser l'enfant comme un adulte inachevé et l'adulte comme une absence d'enfant.

Si, pour eux, j'étais responsable, ils me revaudraient convenablement de mes participations au monde, mais cette vision fait que je ne vaux pas le prix normal du fait de cette angoisse que je soulève et que eux ne sont pas capable d'assumer ; angoisse à l'aide de laquelle ils me rendent rendre responsable en me transformant en irresponsable.

Ma manière de vivre, qui prend ce qui vient comme il vient et opte pour le meilleur plaisir (qui est un choix responsable), se heurte à la leur qui est de se confronter à ce qui vient, de craindre ce qui va venir. Ainsi, leur responsabilité d'adultes de rémunérer ou de compenser les dépenses d'un autre adulte pour le travail qu'il va accomplir, est-il réduit à une activité d'enfant et ils payent en conséquence de cette manière de le concidérer.

J'aiguillonne leur angoisse, malgré moi, par ma manière de voir le monde et d'y vivre. Ils ne connaissent pas le plaisir qu'il y a de vivre de se défaire de la crainte par l'intelligence de l'angoisse.

Car, à leurs yeux, mon attitude exempte de cette agressivité qui est, pour eux, le répondant naturel à cette angoisse, revient à tout admettre et tout prendre, sans distinction. J'en suis loin, bien évidemment.  Il y a quelques années, j'ai été étonné de reconnaître le monde du secret (la dissimulation de la satisfaction de la sexuation) et quelques années plus tard de découvrir le secret du monde (l'angoisse humanisée de la sexuation) ; aujourd'hui, je découvre que le monde n'a pas même le courage de se découvrir à l'intelligence de l'angoisse qui lui dissimule le monde, c'est-à-dire : lui.

Et, en tant que "grandes personnes", ils profitent de cet aspect "enfant" pour assoir un pouvoir sur cet "enfant". L'enfant a besoin de l'angoisse comme moteur de croissance et de compréhension du monde ; l'adulte devrait en avoir l'intelligence : il ne l'a pas suffisamment comprise de sorte qu'elle s'est transformée en un voile qui lui voile la compréhension du monde et de lui-même, surtout. C'est un adulte qui voit le monde dépassé par les angoisses de l'enfance, à travers les yeux de l'angoisse de l'enfant passé dépassé par l'adulte présent.

De plus, ce qui est triste, c'est que si l'enfant râle, si je râle, si je dis que je ne suis pas content de leur attitude, ils se redressent alors sur l'estrade qu'ils ont montée pour étaler leur pouvoir et me rejettent comme "agressif" en me pointant du doigt à la vindicte de cette angoisse dont ils n'ont pas l'intelligence. Et ceux qui en sont le moins pourvus, qu'ils rassurent par cette exhibition, sont prompts à exécuter les oeuvres de cette angoisse dérangée dans son manque d'intelligence alors qu'ils tentent d'y mettre bon ordre.

Les travaux d'un Freud et d'un Wilhelm Reich ont tous été orientés convenablement vers l'intelligence de l'angoisse : c'est QUOI cette angoisse, en QUOI m'aide-t-elle à vivre en me protégeant, de QUELLE manière se manifeste-t-elle et QUAND, COMMENT est-elle intelligente et Où. De ne saisir l'angoisse que comme source de craintes et peurs et châtiments ne donne aucune réponse à ces questions. Au pire, je peux poser cette question : "qu'est-ce que cette angoisse-émoi ?" qui renvoie à la notion de "plaisir-angoisse" soulevée par Wilhelm Reich restée jusqu'à présent avec si peu de résolution, sinon que comme angoisse-plaisir qui résonne dans tous les bruits que génère cette société.

C'est quoi l'autorité que se donnent les plus angoissés de cette société coroborée par ceux qui s'en savent le moins exprimer que la muscularité ou un bulletin de vote, qui veut absolument l'inoculer à l'ensemble de la vie et comment, de sorte à emprisonner cette vie dans le carcan de cette angoisse sans intelligence, sans compréhension d'elle-même par son sujet ?

12:27 Publié dans Pharmacos | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, politique