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vendredi, 04 avril 2008

Haie de casques et de bottes pour une allumette

La France n’est pas la Chine, que je sache, ni la « flamme olympique » le Tibet (encore qu’il faille sérieusement se méfier de toute « révolte » émanant des religieux : on a vu le résultat, par exemple, en pays islamiste ou aux USA, incapables de se sortir du Christianisme). À quoi correspond tout ce déploiement de force des forces de police autour d’une allumette ?

Ha ha ha ! Mais non ! Mais non ! Le sport olympique qui est ouvert à tous les meilleurs, les élites de nos corps humains poussés à bout par le travail acharné à vaincre on ne sait quoi sinon que lui-même en écrasant les autres par sa victoire — non, non, décharner tout esprit critique de son action sur le temps qui passe, n’est pas un maillon de la chaîne policière ! Non ! L’olympisme n’est pas protégé par la police pour la conservation de sa pureté ! Que nenni la politique !

Tout au long de son passage dans la ville de Paris, des compagnies de CRS, de bataillons de rollers, de police à pied, à cheval, en voiture, tout, tout est mis en œuvre pour « PROTÉGER » la « flamme » de l’olympisme, son cœur battant de battant suant ! Heil Olympiste ! Le dur travail du corps rend libre ! Et ce n’est certainement pas une affaire politique, n’est-il pas ?

Sans être d’accord avec l’action des staliniens néocapitalistes chinois sur le Tibet, ce pays était, il faut l’avouer, un pays moyenâgeux : royaume, servage et misère, religion omniprésente et inquisitionelle : sa « modernisation » était inévitable. La Chine s’en ait occupée ; cela aurait pu, à plus ou moins longue échéance, être un autre pays adjacent : son système social est voué à disparaître.

Mettre en exergue le Dalaïloulou Lama comme interlocuteur n’arrange pas les choses : c’est un imam, un pape, un bonze, un rabin, un religieux comme un autre. Et si on le met en exergue, c’est bien parce qu’il est religieux et qu’il est à même, selon les espoirs de ses apologistes, de faire que ce pays retourne à un stade religieux d’organisation sociale. Ce qui ne serait pas pire que le pouvoir des staliniens néocapitalistes chinois.

La « libération » du Tibet est corollaire à la libéralisation de son économie, bien évidemment.

En laissant, en France, la contestation relativement libre, il n’y aurait pas eu besoin de tout ce bardât de police pour « protéger » la « flamme » de l’olympisme. Aurait-elle été soufflée : quelles en auraient été les conséquences. L’arrêt de la planète ? Un déluge ? Un tremblement de terre ? Une atteinte à la morale : la morale n’aurait-elle pas à être atteinte, en France ? Faut-il que tout devienne religieux et tombe sous les lois fratricides que l’on a dernièrement créées pour protéger la religion ? ou le terrorisme ? Faudrait-il que la morale reste exempte de trace de cyprine et/ou de sperme ?

Et d’ailleurs, elle n’aurait pas été soufflée, car alors le scandale « discréditerait » les fauteurs de trouble : il en faut si peut, aujourd’hui pour qu’un scandale n’en soit plus un ! Ou alors ce serait le fait de malades : imaginez ! Éteindre la flamme olympique ! Le symbole de la liberté du sport ! Et seulement lui.

À propos, ça marche au gasoil ou au gaz, la flamme olympique ? La crainte irraisonnée de nos gouvernants, nos gestionnaires de la vie publique qui en font ce qu’ils veulent parce que le public n’existe plus sinon que sous la forme d’une opinion, flottante comme un duvet au vent d’une pluie drue, rassérène sa propre peur du déploiement d’une tension sociale qu’elle est en passe de ne plus beaucoup maîtriser. Et comme tout doit demeurer dans le spectaculaire…

Borne d’un « état d’esprit »

Il y a six jours (le 26 mars 2008) a été installée, à l’occasion de la Foire d’art contemporain, devant le Grand Palais, à Paris, une statue.

Cette statue représente une immense tortue (six tonnes et 7 mètres de long) en métal chevauchée par un petit (moins du dixième) homme en costume de citadin qui tient dans ses mains les rènes retransmettant, par le mors placé dans la bouche de cette tortue, ses ordres que l'on perçoit de toute sagesse. Il s’agit d’une tortue de mer.

Chaque époque est caractérisée par deux ou trois éléments :
- le mode de production qui se divise en principe de puissance sur la nature (technologie) et industrie ;
- la répartition des richesses qui se divise en principe de la puissance sociale et système économique.
- et la justification de cet « état d’esprit » par la religion et l'art.

L’art n’a jamais fait et expliqué, dans l‘époque où il se manifeste, que le champ intellectuel de cette époque à travers la compréhension qu’elle a d’elle-même ; que corroborer, comme gratuitement (tout artiste espère un retour sur investissement de cette montre de la gratuité), des possibilités socialisées de l’aliénation, ses désirs de voir réfléchie la société dans SES « œuvres ». L’art rend compte du temps qu’il fait dans une époque donnée et du temps qui y est perçu et comment.

L’artiste montre la comédie du monde que le monde se joue à lui-même à travers une interprétation de cette comédie que le monde lui retourne — si cette représentation lui agrée — à travers sa reconnaissance et les récompenses afférentes : l’argent.

Que représente cette statue : un humain mâle tenant par les rènes une tortue disproportionnée. Disproportionnée tant dans la forme que dans l’échelle entre cette tortue et le petit homme. La tortue représente sans conteste la « nature » et le geste du petit homme, habillé de propre en bourgeois, nous indique qu’il maîtrise en la dirigeant et en la dominant, cette « nature ». À ceci près qu’il s’agit d’un rêve, d’une représentation éveillée, d’une matérialisation factuelle d’une image « un désir de ».

La tortue est connue pour être un animal lent et très puissant, obstiné et craintif malgré cette puissance ; et qui va sa vie. Elle est dotée d’une carapace « protectrice » derrière et dans laquelle elle peut se retirer pour attendre des jours meilleurs. Mais son bec d’os que meuvent des muscles massenters puissants, est tout à fait capable de briser un mors ou tout au moins la force de sa détermination peut très bien en briser les rènes. Au vrai, si une telle situation se présentait, soit elle lui serait totalement indifférente, soit elle s’ébrouerait, soit elle irait — comme la plupart des animaux sauvages pris au piège, dont on a ôté la liberté d’aller et venir selon leur gré — se débattre et se blesser pour se défaire de cette inoportunité entravante dans ses mouvements libres.

D’autant que l’action du mors, spécificité du dressage chevalin, opère sur des partie sensibles de la bouche de l’animal (et non pas sur la langue) ; or, la bouche d’une tortue, en écaille, est insensible à ce genre de sollicitation : il s’agit donc bien d’un rêve où l’humain (représenté mâle) se voit dirigeant l’immense tortue-nature (puissante et docile) par la vertu d’une application de son intelligentce qu’est le mors.

Et que signifie donc ce rêve ? Que ce petit homme (ou celui qui l’a représenté ainsi, de même que ceux qui ont commandé cette « œuvre ») ne sait rien de la nature sinon qu’une représentation totalement fausse. Et premièrement une représentation totalement fausse de la liberté. Il a une représentation de la nature erronée par son désir de maîtrise de cette liberté, je veux dire son désir de réduire à l’esclavage la nature. Réduire à l’eclavage la nature puissante pour la mener là où bon lui semble, à ce petit homme.

À l’inverse, cela veut dire qu’il ne maîtrise pas encore sufisamment la puissante nature. Qu’il lui faut encore plus de « sagesse » pour la dominer. Car quoi de plus « néant » que de dominer une tortue pour se promener sur son dos en la menant là où bon vous semble ? Cela représente donc le sommum de cette maîtrise de la puissante nature sans les inconvénients qui résultent de cette maîtrise, puisque la nature reste encore docile.

On sait aussi que pour l’humain mâle représenté ainsi, il s’agit de la maîtrise cachée d’un objet sexuel. Or la tortue est du genre féminin dans notre langue et sa docilité, ou la placidité le précise d’autant plus. Le petit homme en est toujours et encore à la vieille domination acceptée de la femme, le ringard : elle n’a rien à dire sinon qu’à assumer sa résignation pour le plaisir de l’homme.

Ce statuaire a donc représenté correctement, pour l’afficher avec ostentation tant dans le volume que dans les proportions, la relation qu’entretient l’« homme » modeste dans sa petitesse — représentation hypocrite de sa puissance… destructrice —, avec la nature en général, du fait qu’il n’a pas compris la sienne excluse du monde dans lequel il vit. Elle représente l’« état d’esprit » qui lui fait produire une telle représentation de cette relation. Et cette représentation de cet « éat d’esprit » fait son poids puisqu’elle pèse 6 000 kg !. Ça ne va pas être facile à bouger, cette affaire.

mardi, 01 avril 2008

Au près de l'Histoire

Restreindre la notion d’« Historique », d’Histoire, à la seule existence de l’écriture est réducteur car l’écriture étant apparue avec l’organisation sociale assise sur le patriarcat, c’est se dispenser d’en remonter plus haut. Tout comme l’organisation patriarcale de la société, l’écriture est fille de l’agriculture. Et comme il y a eu un temps avant l’agriculture, il y a un temps autrement historique, autrement humain. Seule une civilisation agricole et patriarcale peut inventer, par exemple, la naissance du monde à partir d’un dieu, mâle ou supposément asexué, et cette description se retrouve chez les Mésopotamiens, les Égyptiens, les Grecs et les Hébreux. Ces civilisations étaient donc des civilisations patriarcales.

Il semblerait évident que, par manque d'écriture, on ne puisse pas connaître la teneur de la civilisation qui précéda l’agricole. Ce n’est pas juste. Il est possible de reconnaître les temps précédant l’agricole, avec un petit peu d’entraînement. Il s’agit seulement de se dispenser de penser selon le mode agricole et surtout patriarcal ; c’est-à-dire de bien comprendre ce qu’est le monde agricole-patriarcal.

La critique du monde patriarcal existe dès la naissance de ce dernier. Les femmes et les enfants, les soi-disant faibles d’esprit subissant cette pensée n’ont pas immédiatement (sinon jamais puisque cette critique se formule encore de la même façon !) approuvé ce mode d’organisation de la société. On va trouver donc, dans le lointain, ces formulations cachées par le patriarcat (tout comme il cache l’existence du monde ayant eu vie avant son avenue), c’est-à-dire selon des formulations patriarcales.

(((Un chemin plus rapide nous mènera au mode de penser d’aujourd’hui avec plus d’acuité. La psychanalyse a découvert, pour s’y être confronté dans sa démarche thérapeutique, très tôt dans sa carrière la « cuirasse caractérielle » : une structure vago-végétative irrépringible dans sa manifestation musculaire agissant au cours d’émotions insupportables pour l’organisme en question ; un système protecteur d’un pire perçu dans le plaisir. C’est ce que je nomme un « état d’esprit » : impossible de penser ou d’agir autrement que selon le mode de vie, son interprétation et ses désirs que votre propre système neurovégétatif vous permet.)))

Le propre de l’humain est la capacité à raconter l’histoire. Se souvenir d’une technique est commun à tous les mammifères. Ce qui nous distingue est cette capacité à raconter ces techniques, non pas à montrer ces techniques, mais à les raconter ; c’est-à-dire à en différer l’application soit dans le futur soit dans le passé. Ainsi, l’Histoire ne commence pas avec l’écriture, n’en déplaise à plusieurs, mais bien dès l’humanité.

Cette marque de l’humanité fonctionne dès la naissance de l’humanité : la capacité à raconter une histoire : l’Histoire débute là où on raconte. Elle n’est pas dans les os, les formes d’un crâne ou d’un bassin ou une démarche : elle se situe là et quand on commence à raconter… une histoire.

Dans ce sens, l’humanité qui se raconte le bonheur n’est pas quelque chose exempte de malheur provoqué.

Mais approfondissons cet aspect des choses : raconter une histoire c’est avoir recours à un intermédiaire entre ce qui est arrivé (que ce soit à soi ou à un autre) et une autre personne : on s'adresse à quelqu'un capable de reproduire l'histoire. Donc, corrélativement, l’histoire commence à la naissance de l’intermédiaire, de la personne tierce et cette tierce personne n’existe pas ailleurs dans le monde animal que chez nous, les êtres humains.

Et toutes les considérations qui tournent autour de notre définition ne tiennent qu’à ces deux-là, dont l’une découle de l’autre : raconter une histoire à quelqu’un. Quelle étrange qualité la nature ne nous a-t-elle pas donné là ! Et quelles conséquences ! La misère pour plus de la moitié d’entre-elle à qui on dispute l’existence même, par exemple : il suffit pour cela de lui raconter des bobards dès sa naissance sur la réalité de sa réalité.

Au turbin !

Au turbin tu te portes claudiquant de ferveur
Sans savoir ce quoi du résultat de tes fadeurs ;
Au matin, au soir, fabriquant tout de tes malheurs,
Indifférent à ces brisures ou au fou bonheur.

Tu batis tes générations qui se succèdent
Fantaisies imatures, corrompues et laides,
Reproduisant des mesures qui t’ôtent toute aide,
Désœuvrés d’œuvres, amères, rendant la vie raide.

Tu tords le temps, toi, pauvre ère, marchandise !
Disant te sauver par ta pose soumise
(Stratagème de rêveur dépourvu de guise) ;

S’asseyant, comme sur du roc, sur ta sotise,
Tu sillonnnes ta tombe l’échine soumise,
Le sourire sans joie sur ta vie indécise.